La « querelle interne » de la Fed s’étale au grand jour, Waller conteste l’affaiblissement des indications prospectives par Warsh
BlockbeatsLa position de Warsh en faveur d’une réduction du bilan de la Fed, conjuguée aux tensions sur le marché obligataire, rend la demande de clarté dans la communication de la politique monétaire de la Fed de plus en plus pressante.
Titre original : « La “querelle interne” de la Fed s’étale au grand jour, Waller conteste l’affaiblissement des indications prospectives par Warsh »
Auteur original : Bao Yilong, Wallstreetcn
Un débat public s’est ouvert au sein de la Réserve fédérale sur la manière de communiquer sa politique monétaire, et la divergence porte sur une question centrale : quelle quantité d’indications prospectives la banque centrale doit-elle donner au marché ?
Selon Wallstreetcn, le gouverneur de la Fed, Christopher Waller, a prononcé jeudi un discours lors d’un événement organisé par Reuters, dans lequel il a précisé sa position sur la communication externe de la banque centrale. Selon lui, une communication efficace de la politique monétaire doit s’articuler autour de trois objectifs : la position actuelle de la politique, les perspectives d’évolution de la politique et, dans certaines circonstances, les indications prospectives.
Les explications de Waller répondent à la métaphore « jouer au ballon plutôt que regarder l’arbitre » avancée précédemment par le nouveau président de la Réserve fédérale, Kevin Warsh. L’intention de Warsh était d’encourager les investisseurs à se concentrer davantage sur l’évolution des données économiques plutôt que sur la trajectoire de la politique de la Fed elle-même, ce qui a été largement interprété comme un rejet explicite des indications prospectives.
Waller, lui, a répliqué en utilisant la métaphore de la « bonne balle » au baseball, estimant que le marché n’a pas besoin que l’arbitre rende un jugement mécanique sur chaque lancer, mais qu’il doit disposer d’un cadre d’attentes de base sur « ce qui est une bonne balle et ce qui est une mauvaise balle ».
Le discours de Warsh lors de la conférence de Jackson Hole la semaine dernière s’était déjà quelque peu assoupli, en soulignant plus clairement que la Fed agirait face à une inflation supérieure à l’objectif, mais il a maintenu que la Fed n’était pas encore en mesure de « fournir des réponses standard mécaniques et éprouvées ».
Interrogé pendant la conférence sur sa participation au nouveau groupe de travail sur la communication de la Fed, le président de la Réserve fédérale de Kansas City, Jeffrey Schmid, a répondu « pas vraiment », ce qui illustre encore les limites de la coordination interne.
La logique de Warsh « jouer au ballon » : minimiser les indications prospectives
La métaphore « jouez au ballon, pas regardez l’arbitre » proposée par Warsh en juillet vise essentiellement à remettre en question deux types d’outils : d’une part, des fonctions de réaction trop explicites (par exemple, une réponse politique strictement conforme à une règle de type Taylor), et d’autre part, les indications prospectives au sens habituel du terme.
La logique de Warsh implique un jugement : une dépendance excessive aux indications prospectives affaiblirait la capacité de la Fed à réagir avec souplesse aux données et pourrait placer la banque centrale dans une position passive lorsque la situation économique évolue rapidement.
Warsh s’était déjà engagé à réformer la manière dont la banque centrale communique avec le public, notamment en supprimant les indications prospectives et en réduisant le nombre de discours et de déclarations officielles. Cette stratégie a été critiquée en juillet par les investisseurs obligataires, qui ont estimé que Warsh n’avait pas fourni suffisamment d’informations sur les perspectives économiques.
Waller, pour sa part, se montre réservé. Son point de vue est plus proche de la conception traditionnelle de la communication des banques centrales, selon laquelle la transparence a en soi une valeur fonctionnelle : elle stabilise les anticipations et réduit la volatilité des marchés.
Il ne s’oppose pas à accorder à l’arbitre une certaine marge de manœuvre et reconnaît que les indications prospectives ne sont pas adaptées à toutes les situations.
Mais il estime qu’un cadre de politique monétaire totalement flou est tout aussi nuisible pour le marché. Sa métaphore du baseball souligne que les acteurs du marché ont besoin d’une perception des « grandes lignes » de la fonction de réaction de la Fed, c’est-à-dire de savoir dans quelle mesure l’inflation ou l’emploi doivent s’écarter de l’objectif pour que la Fed agisse habituellement.
Il insiste sur le fait qu’une communication claire de l’orientation de la politique aux entreprises et aux ménages contribue à donner au public des anticipations plus précises. Waller déclare :
Mais lorsqu’elles sont réellement nécessaires, je pense qu’il faut les utiliser.
La « querelle interne à la famille » reflète une incertitude plus grande
Warsh lui-même a qualifié ce débat de « querelle interne à la famille ».
Pourtant, cette querelle se déroule en public, sous forme de discours publics, et son impact dépasse déjà le cadre d’une discussion interne.
Dans le même temps, le marché obligataire est dans un état de grande sensibilité. Les rendements obligataires mondiaux ont atteint leur plus haut niveau depuis 2008.
Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a annoncé l’élargissement du programme de rachat d’obligations à long terme du Trésor américain, suscitant un large débat sur les limites des instruments de politique économique.
Et la position de Warsh en faveur d’une réduction du bilan de la Fed, conjuguée aux tensions susmentionnées sur le marché obligataire, rend la demande de clarté dans la communication de la politique monétaire de la Fed de plus en plus pressante.
Tant que le cadre de communication interne de la Fed n’est pas harmonisé, les investisseurs devront peut-être à la fois « jouer le jeu » et « regarder l’arbitre » — après tout, même les arbitres sont encore en train de discuter de l’endroit où tracer la zone des prises.
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