Les crises géopolitiques brisent les illusions de la transition énergétique renouvelable

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Face à la montée des tensions dans le détroit d'Ormuz, le paysage énergétique mondial se redessine. Les producteurs américains de pétrole de schiste ont augmenté leurs investissements de près de 500 millions de dollars, et la production devrait atteindre des niveaux records d'ici la fin de l'année prochaine. La Norvège, fervent défenseur de la lutte contre le changement climatique, a annoncé la réouverture des gisements de gaz de la mer du Nord, inexploités depuis près de trente ans. Enfin, l'assouplissement de la réglementation canadienne a redonné confiance aux investisseurs. La sécurité énergétique prime désormais sur les objectifs climatiques, et le rythme de la transition énergétique vers les énergies renouvelables fait l'objet d'une réévaluation fondamentale.

L’ombre de la guerre sur le détroit d’Ormuz redessine le paysage énergétique mondial.

Le conflit entre les États-Unis et l'Iran a mis en lumière la profonde dépendance de l'économie mondiale à l'égard des énergies fossiles. La décarbonation rapide prônée depuis des années par les gouvernements occidentaux a désormais des répercussions concrètes. Les principaux pays producteurs de pétrole, tels que les États-Unis, la Norvège et le Canada, s'efforcent d'accroître leurs investissements dans le secteur pétrolier et gazier, et le rythme de la transition énergétique vers les énergies renouvelables est confronté à une réévaluation fondamentale.

Les producteurs américains de pétrole de schiste ont considérablement augmenté leurs investissements, et l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA) prévoit que la production américaine de pétrole brut atteindra un niveau record de 14,21 millions de barils par jour d'ici la fin de l'année prochaine. La Norvège a annoncé la réouverture de trois gisements de gaz de la mer du Nord, fermés depuis près de 30 ans, et sa compagnie pétrolière nationale, Equinor, s'est engagée à investir 6 milliards de dollars par an pour maintenir la production. Le gouvernement fédéral canadien et la province de l'Alberta sont parvenus à un accord sur la politique énergétique, améliorant sensiblement le climat d'investissement pour l'industrie pétrolière et gazière.

Derrière cette série de mesures se cache une logique commune : la sécurité énergétique prime sur les objectifs climatiques. Toute perturbation de l’approvisionnement via le détroit d’Ormuz se répercutera rapidement sur les prix mondiaux du pétrole, l’inflation et le coût de l’énergie. Cette vulnérabilité structurelle a fait prendre conscience aux gouvernements que les énergies renouvelables, à elles seules, ne peuvent garantir la sécurité énergétique.

 

Pétrole de schiste américain : de la contraction à une expansion agressive

Le revirement de situation dans le secteur américain du pétrole de schiste a été le plus spectaculaire. Au début de l'année, lorsque les prix du pétrole sont tombés sous la barre des 60 dollars le baril, Continental Resources avait même envisagé de suspendre ses nouveaux forages dans le Dakota du Nord. Mais avec la flambée des prix, la situation s'est complètement inversée.

Harold Hamm, propriétaire de Continental Resources et opérateur pétrolier et gazier chevronné, a déclaré au Financial Times qu'il prévoyait d'augmenter ses investissements d'environ 300 millions de dollars pour atteindre 2,8 milliards de dollars d'ici 2026. « Nous ne pensons pas que les prix du pétrole retrouveront leurs niveaux d'avant la guerre en Iran », a-t-il affirmé. Plusieurs entreprises, dont Diamondback Energy et Continental Resources, développent leurs activités de forage.

Les données du cabinet de conseil en énergie Enverus montrent que les producteurs américains de pétrole de schiste cotés en bourse ont revu à la hausse leurs prévisions de dépenses d'investissement de près de 500 millions de dollars dans leurs rapports de résultats du premier trimestre, par rapport aux attentes formulées trois mois plus tôt. Les données de l'EIA indiquent que la faiblesse des prix du pétrole en début d'année a entraîné une baisse de la production américaine à 13,53 millions de barils par jour au premier trimestre, mais avec le net rebond des prix, la production devrait atteindre un niveau record de 14,21 millions de barils par jour d'ici la fin de l'année prochaine.

 

Norvège : Les défenseurs du climat se tournent vers l'expansion de la production

La transformation de la Norvège est particulièrement remarquable. Comptant parmi les pays les plus actifs au monde en matière de politique climatique et d'énergies renouvelables, le gouvernement norvégien a récemment annoncé son intention de remettre en service trois gisements de gaz de la mer du Nord — Albuskjell, Vest Ekofisk et Tommeliten Gamma — d'ici 2028. Ces gisements sont à l'arrêt depuis près de trente ans.

Le ministre norvégien de l'Énergie, Terje Aasland, a récemment déclaré sans ambages : « Nous allons développer, et non démanteler, nos activités sur le plateau continental. » Equinor prévoit d'investir 6 milliards de dollars par an jusqu'en 2035 afin de maintenir sa production et d'en prévenir le déclin. Les données montrent que la production norvégienne d'équivalent pétrole a atteint 2,31 millions de barils par jour au premier trimestre de cette année, soit une hausse de près de 9 % sur un an.

Ce changement de politique a suscité des critiques en Norvège. Lars Haltbrekken, du Parti socialiste de gauche norvégien, a dénoncé cette mesure comme un « écoblanchiment pur et simple », affirmant qu'elle compromet les objectifs climatiques de la Norvège et retardera la transition énergétique de l'Europe.

 

Canada : L’assouplissement des politiques redonne confiance aux investisseurs

Le Canada a également profité de cette réévaluation de la sécurité énergétique mondiale. La hausse des prix mondiaux du pétrole, l'expansion des infrastructures d'exportation comme l'oléoduc Trans Mountain et les ententes conclues entre le gouvernement fédéral et l'Alberta sur la tarification du carbone et la politique énergétique ont toutes contribué à la reprise des investissements dans l'industrie pétrolière et gazière canadienne.

Selon Reuters, Nick McKenna, président de ConocoPhillips Canada, a déclaré que l'accord conclu entre le gouvernement fédéral et l'Alberta améliore considérablement le profil de risque des investissements pétroliers et gaziers au Canada. Les compagnies pétrolières et gazières critiquent depuis longtemps la réglementation fédérale et les politiques environnementales, qu'elles jugent néfastes pour le développement du secteur. Cet accord est donc perçu, avec prudence, comme un signe positif par l'industrie.

Le Canada possède les troisièmes plus importantes réserves prouvées de pétrole au monde, après le Venezuela et l'Arabie saoudite. Dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes, ses vastes ressources naturelles et sa stabilité politique revêtent une importance grandissante. Les principaux producteurs redistribuent activement du capital à leurs actionnaires par le biais de dividendes et de rachats d'actions, et l'écart de prix entre le pétrole brut Western Canadian Select et le pétrole brut West Texas Intermediate se réduit.

Les changements de politique observés dans ces trois pays reflètent une réalité structurelle plus profonde : la dépendance de l’économie mondiale aux énergies fossiles est bien plus ancrée que ne le laissent entendre les discours sur la transition. Si les risques d’approvisionnement liés au détroit d’Ormuz se concrétisent, leur impact sur les prix mondiaux du pétrole, l’inflation et les coûts de l’énergie sera immédiat et généralisé, modifiant considérablement l’équilibre des pouvoirs entre sécurité énergétique et objectifs climatiques pour les gouvernements du monde entier.

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